Controverse dans la Gestion du FODEL à Dabiss : Accusé de détournement des fonds, le Maire se défend

  • PAR Mamadou Aliou Diallo
  • 18 décembre 2020
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Le maire de la commune rurale de Dabiss est accusé d’avoir détourné des montants issus du FODEL (fonds de développement économique local) destinés à l’appui au développement de la collectivité. Les différentes parties prenantes de la communauté pointent un doigt accusateur au Maire, Abdoul Goudoussy Manet d’avoir mal utilisé ces fonds au préjudice de Dabiss. Le maire endosse la responsabilité de la mauvaise gestion.

Pour rappel, la préfecture de Boké a reçu plus de 41 milliards francs guinéens (GNF), en 2020 comme fonds d’appui à la mise en œuvre du Fodel. En application du décret D/2017/285/PRG/SGG du 31 décembre 2017, portant modalité de constitution et de gestion du FODEL, un arrêté conjoint des ministres en charge des Mines, de l’Administration du Territoire, et des Finances, a été pris en avril 2019, sur les modalités d’utilisation, de gestion et de contrôle du FODEL. En plus, un comité interministériel chargé de la supervision, du contrôle et du mécanisme de gestion du FODEL a été mis en place à travers l’arrêté conjoint N° 2346 du MMG/MATD/CAB/2019.

Suivant les dispositions de cet arrêté conjoint selon la répartition des montants entre les collectivités, structures institutionnelles et/ou d’encadrement de Boké, la commune rurale de Dabiss a été attribuée un montant de 8 004 198 878 GNF soit 19,36% du montant total reçu par commune.

Quid de l’utilisation du fonds destiné à Dabiss ?   

La commune rurale de Dabiss est située à 53 km au nord de la préfecture de Boké. Selon l’institut national des statistiques, en 2016, la localité comptait 31 947 habitants.

Pour l’exercice 2020, quatre (4) projets économiques, quatre (4) sociaux et 69 projets de jeunes et femmes, soit 45 pour les jeunes et 24 pour les femmes ont été validés par le comité d’appui à la gestion du Fodel (CAGF) de Boké. Dans le cadre du financement, les projets sociaux ont bénéficié d’une somme de 1 680 881 764 GNF, les projets économiques, 2 401 259 663 GNF, les projets des Jeunes : 1 600 839 776 GNF et les projets des femmes : 1 600 839 776 GNF, soit un montant total de 7 283 820 979 GNF. Faut-il noter que les 5% destinés au renforcement des capacités, à la communication vulgarisation, sensibilisation et appui au fonctionnement de la commune et du comité de suivi ne font pas partie de ce montant.

Les montants reçus par la collectivité de Dabiss pour la mise en œuvre desdits projets se répartissent comme suit : pour les projets sociaux et économiques, 3 673 927 284 GNF sont décaissés, selon le CAGF, et le restant à décaisser est de 408 214 144 GNF.

Quant aux projets des jeunes et femmes, sur les 3 201 679 551 GNG prévus, 2 083 523 330 GNF sont décaissés et il reste 1 118 156 221 GNF à décaisser.

Polémique autour de la gestion du FODEL

Dans la commune rurale de Dabiss, conseillers communaux, sous-préfet, acteurs de la société civile et bénéficiaires sont sur le qui-vive. Tous accusent le maire Abdoul Goudoussy Manet « d’avoir détourné l’argent du FODEL » et le mis en cause se défend.

Mamadou COMPO est l’un des bénéficiaires du fonds Fodel. Conseiller du groupement Nafaya, de Dabiss, Compo raconte : « depuis qu’il a été élu à la commune rurale il y a deux ans, le maire n’a jamais passé la nuit dans la sous-préfecture de Dabiss. La seule fois qu’il a passé la nuit, c’est dans son véhicule. Et il a payé des jeunes pour le garder. Le jour où on a été au CAGF, c’est lui et moi qui avions échangé. Il dit qu’il n’y a pas de bon climat à Dabiss et la localité n’est pas non plus sécurisée, selon lui ».

Vu l’attitude du Maire qui a érigé domicile à Denken, Mamadou Compo pense que Abdoul Goudoussy Manet a profité du Fodel de la sous-préfecture de Dabiss pour aller se reposer ailleurs. « Il n’est pas venu pour faire évoluer la sous-préfecture.  Sinon, 8 milliards, ce n’est pas une petite somme. Ça peut faire quelque chose pour la sous-préfecture. Nous avons huit districts, et 8 milliards, c’est déjà partagé. Au moins, il pouvait utiliser les 6 ou 7 milliards. On pouvait comprendre. Mais franchement, à Dabiss, vous n’allez jamais voir une infrastructure bien bâtie au compte du fonds Fodel. C’est le Maire seul qui sait comment il a utilisé l’argent. Mais sa gestion est catastrophique ici. »

Malgré tout, le groupement maraicher Nafaya a bénéficié d’un montant. Mais dans quelles conditions ? « Ils nous ont accordé 18 millions GNF et quelques. Mais, dans les 18 millions, nous n’avons reçu que 5 millions. Et dans les 5 millions, la banque a prélevé 1 million, le district a pris 500 mille et la commission de suivi a aussi pris sa part. Le montant que nous avons reçu en fonds propre est de 2 millions 500 mille dans notre compte, au compte du groupement Nafaya. Et nous sommes au nombre de 32 personnes. Nous devrions exploiter deux hectares. Vous comprendrez que ce montant est totalement insignifiant », se désole Mamadou Compo.

Interrogé sur sa compréhension de la gestion du FODEL à Dabiss, le sous-préfet, Abdoulaye Lansana Kourouma atteste que le fonds Fodel est bien arrivé dans la juridiction. Selon la répartition, précise-t-il, la sous-préfecture de Dabiss a eu 8 milliards et quelques. « Pour une première fois, on a reçu 4 milliards et quelques, qui ont été utilisés par la commune rurale. Ils ont choisi des projets qui sont un peu réalisés dans la sous-préfecture de Dabiss. Et la commune est mieux placée pour expliquer comment le fonds a été utilisé. Car le président de la République a été bien clair que le fonds n’est ni pour le préfet, ni pour le sous-préfet, ni pour un maire. Mais ça va dans le compte de la CR. Donc c’est au maire de donner les explications comment le fonds a été utilisé ».

Pour réaliser l’entretien avec le sous-préfet, l’équipe de reportage a été reçue à plein air. Et Monsieur Lansana Kourouma explique les raisons. « Nous vous accueillons dehors. Ce n’est pas normal. On devrait être dans un bureau, mais la rénovation des quatre bâtiments administratifs, on nous dit que le financement c’est sept cent et quelques millions. Et le délai d’exécution était de 3 mois. Mais cela fait un an, rien n’est fait du tout. Tout cela révolte la communauté ».

Ce n’est pas la seule chose que connait M. Abdoulaye Kourouma. Pour la répartition des montants alloués aux groupements bénéficiaires, il constate : « les groupements ciblés n’ont pas été financés comme il se doit. Je prends un exemple : si un groupement de jeunes ciblés dans la sous-préfecture de Dabiss qui doit recevoir 50 millions GNF, on leur donne 15 millions GNF, ils ne pourront pas réaliser ce qu’ils ont prévu de faire. Car là où tu dois donner 50 millions si tu donnes 15 millions, cela ne pourra rien faire. Il y a des groupements qui n’ont pas déposé des projets mais qui ont reçu l’argent. Et il y a des groupements qui devraient être financés aussi, mais qui n’ont pas reçu l’argent. Quand les missions de supervision sont venues, tout a été détecté sous le manguier ici et devant tout le monde ».

Comment la société civile de Dabiss analyse la situation ?

Younoussa BANARO acteur de la société civile explique que depuis l’arrivée du fonds Fodel, la situation est devenue ce qu’il ne pensait pas. « Parce que ce qu’on a entendu sur le Fodel est différent de ce qui se passe sur le terrain. Depuis le début, nous avons suivi des formations sur la manière dont ce fonds doit être géré, les clés de repartions, le fonctionnement du CAGF, et aussi nous avons assisté aux montages des projets pour les groupements. Après les explications, nous avons compris que ce fonds est comme suit : 20% pour les projets jeunes et 20% pour les projets femmes et un autre pourcentage pour les projets sociaux et économiques. Et ce fonds doit être géré par la commune rurale. Mais après cette formation et l’octroi des montants aux bénéficiaires, il n’y a pas eu de clarté. Parce que la communauté ne savait plus ce qui se passait. Et je dis souvent que l’information est la meilleure chose et si les gens ne sont pas informés, cela devient de la pagaille. »

Parlant de la ‘’mauvaise’’ gestion du montant FODEL à Dabiss, M. Banaro évoque ce qu’il qualifie de « rumeurs » et qui se confirme par après. « Nous avons entendu ces rumeurs, pour dire qu’il y a d’autres groupements qui ont perçu l’argent mais qui n’ont pas été prévus dans les 69 groupements dont les projets ont été validés par le CAGF.  Il y a d’autres groupements qui n’ont pas perçu mais qui étaient prévus dans les 69 groupements. Même s’ils ont perçu un montant, c’est un montant qui ne peut pas leur permettre de réaliser l’activité. Par exemple, un groupement qui doit recevoir 20 millions GNF à qui on donne 5 millions, et on défalque des frais qui n’étaient pas prévus. C’est du n’importe quoi. Pourtant, on nous a dit que l’argent n’est pas pour la Commune rurale (CR), ni pour la préfecture. Donc, si on nous dit qu’il y a un pourcentage qui doit être payé pour la signature ou d’autres choses, nous trouvons que c’est des détournements. Parce que l’argent n’est pas utilisé là où il est destiné », tranche l’activiste de la société civile.

Mais qui est responsable de cette « pagaille » ?

« La gestion du FODEL c’est avec le maire et le receveur communal », coupe court, le vice maire de Dabiss, M. Sayon Manet. « Le Fonds Fodel est venu. Dabiss a bénéficié 8 milliards et quelques. Mais c’est le Maire [résidant à Boké] qui connaît la situation de la gestion de l’argent des groupements et des projets économiques et sociaux. Sur les 69 groupements retenus, certains ont reçu un peu, d’autres n’ont pas reçu du tout. Et il y a d’autres qui ont reçu de l’argent mais qui n’étaient retenus. Mais tout, c’est le Maire qui connait comment il a fait. Pour les projets sociaux financés par le FODEL, il y a un magasin de stockage, un centre culturel à Silikonko, un poste de santé à Kouda, deux ponts à Bourounda, deux basfonds à Niamayara et Ndandara, et un atelier de couture à Dabiss centre. Mais je ne connais pas combien ces infrastructures ont couté. »

Que dit le mis en cause ?

L’équipe d’Action Mines a rencontré le Maire de Dabiss dans le village de Denken, où il a érigé domicile depuis un certain moment. Tenant un sac diplomatique, et vêtu d’un boubou blanc, M. Manet se dit content de recevoir les journalistes qui viennent chercher l’information à la « vraie source ». « On m’accuse d’avoir détourné 8 milliards GNF. Ça se raconte partout, dans la presse. Mais, je vous informe que j’ai réalisé cinq grands projets. J’ai fait un pont à Bourounda, une maison des jeunes, une route bombée qui mène à Sylikonko, aménagé deux plaines et reconstruit le bloc administratif de notre commune », s’est défendu Abdoul Goudoussy Manet.

Par rapport à l’appui accordé aux groupements jeunes et femmes, le Maire reconnait des insuffisances dans le processus. « Parce qu’au début, on a donné des avances à certains groupements qui ne pouvaient pas les permettre de commencer les activités. Par manque d’expérience, nous avons donné l’avance à d’autres groupements qui n’étaient pas inscrits [par conséquent, qui ne devraient pas en bénéficier, ndlr]. Ce n’est pas un détournement, mais cela est dû au manque d’expérience dans la gestion ».

Pour la prochaine échéance, M. Manet compte rectifier le tir en recrutant des spécialistes et des personnes expérimentées.

Mamadou Aliou Diallo

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