Pollution à Fria: « C’est un véritable problème de santé publique », dit le maire

  • PAR admin
  • 19 avril 2020
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Pendant les mois de novembre et décembre 2019, la ville de Fria a été inondée par une fumée de poudre blanche provenant de l’usine de Rusal Friguia. ACTION MINES GUINEE a rencontré El hadj Lansana Boffa Camara, maire de la commune urbaine de Fria explique dans cet entretien comment la fuite de la poudre de l’alumine à l’usine de Friguia a impacté les habitants de la localité, les causes et conséquences de cette pollution et les mesures prises par les autorités pour amoindrir les dégâts. Entretien !

AMINES : Expliquez-nous comment les mines impactent la population de Fria ?

LBC : Les mines impactent dangereusement la population de Fria. Dans la mesure où l’usine a connu un arrêt de 6 ans et plusieurs démarches ont été menées afin de parvenir à sa relance. Cette relance ne va pas sans inconvenants. Les installations qui avaient fonctionné pendant des dizaines d’années étaient vétustes. On a voulu reprendra avec ce qu’on avait sous la dent, et il y a eu beaucoup de défections. La dernière en date, c’est cette envolée de poudre d’alumine de couleur blanche dans la ville de Fria. C’est un véritable problème de santé publique. Nous avons eu des concitoyens qui ont été victimes de maux de gorge, d’yeux, de toux etc. La commune urbaine, la direction de l’usine et la préfecture, nous sommes parvenus à atténuer cela. Nous avons eu chaud. Parce que d’un côté nous défendions le problème de santé publique des communautés et de l’autre sauver ce que les russes sont en train de perdre. Imaginez quand vous transformez de la terre rouge en poudre d’alumine que vous êtes venus rechercher et pour une défaillance quelconque, cette poudre s’envole pour se déposer dans la ville. C’est une perte, mais on a abouti à quelque chose de bénéfique pour nos populations.

Nous avons invité les cadres de l’usine pour les expliquer les problèmes tout en les demandant de diminuer la production. Nous les avons même demandés d’arrêter une chaudière pour diminuer les effets négatifs de l’envoler de poudre blanche sur les communautés de Fria. Lors de notre dernière réunion, ils nous ont dit que certaines pièces sont en route déjà pour ici. Nous étions plongés dans une torpeur suffisamment apeurée. Mais actuellement il y a une accalmie. Les habitants avaient commencés à manifester, sachant que dans la production de l’alumine on y met de la soude et autres produits extrêmement toxiques.

De l’autre côté, il y a l’existence des carrières qui dégradent aussi l’environnement. L’ouverture des nouvelles carrières bouche la tête des sources et les lits des cours d’eau. Et pourtant c’est dans ces cours d’eau que les communautés pêchaient et s’abreuvaient.  Nous échangeons souvent avec les russes quand les communautés riveraines se plaignent de dégradations. Nous sommes en train d’utiliser le contenu local en creusant des forages pour les riverains qui sont en manque d’eau potable. Seulement en 2019, nous avons amené l’entreprise à creuser 6 forages, 6 km de route et de l’argent sous forme d’aide pour ces communautés.

Donc il y a bel et bien des impacts négatifs, mais nous essayons tant soit peu de compenser ces impacts.

Avez-vous gérer des cas de personnes malades à cause de l’inhalation de cette poudre blanche ?

Franchement nous n’avons pas eu à gérer des cas. Il y a eu des gens qui ont eu des maux de gorge et de toux, mais qui se sont débrouillés à se faire soigner. Nous avons quand même demandé à la partie russe de nous envoyer beaucoup de produits laitiers et des médicaments contre ces maux d’yeux, de toux etc. Parce que ce sont des choses pour lesquelles les gens n’étaient pas préparés. Comme l’usine fonctionne et les installations sont vétustes, il arrivera un jour que cela revienne. Donc il nous faut avoir des médicaments pour prévenir ces choses à la longue. Mais je ne peux pas dire si c’est fait ou pas actuellement.

Dans le rapport d’analyse environnementale, le directeur général adjoint de Rusal dit qu’il n’y a plus d’usines de fabrique de ces pièces usées. Et vous nous dites que certaines pièces sont en route pour la Guinée, comment est-ce possible ?

C’est au cours d’une de nos réunions que cela a été dit. Mais ils nous ont aussi dit que cette usine est d’une génération qui n’existe pas. Donc les usines qui fabriquent les pièces de rechanges ont fermé. Ils nous ont aussi dit avoir la possibilité de photographier les pièces endommagées et aller en Europe de l’Est pour chercher à en fabriquer. Et cela avec de grands risques. Parce que les pièces fabriquées à partir des photos viennent en Guinée avec des grands coûts et peuvent ne pas s’adapter ou péter juste au début de leur utilisation. Nous disons Dieu merci aujourd’hui. Parce que la production continue et la poussière a beaucoup diminué.

Est-ce qu’il y a des statistiques au niveau des autorités locales sur les personnes victimes de ces produits dans la ville de Fria ?

Je serai incapable de vous répondre. Mais il y a les services de l’environnement et de la santé qui peuvent vous en dire quelque chose.

Etes-vous sûr de la pérennisation de cette solution palliative ?

Un palliatif n’est jamais pérenne. Nous sommes contents du fait que le dégagement de la poussière s’est arrêté. Mais quant à sa pérennité, je ne saurais de le dire. Du fait que les installations de l’usine sont vétustes, il n’est pas exclu que cela pète un beau matin et que la poussière envahisse encore la ville. Même s’il faut réparer dans un bref délai. Mais la direction de l’usine est à pied d’œuvre pour que cela s’arrête.

Quelle précaution pour une solution durable ?

Il faut que tout ce qui est vétuste dans l’usine soit remplacé par un système. L’usine a besoin de modifications, parce que, ce qu’elle était avant ne l’est plus. Ils ont quand même lancé des commandes de plusieurs pièces. Il faut se conformer à la nouvelle technologie. Ils nous ont dit qu’ils sont en phase d’investissement pour permettre un fonctionnement normal de l’usine. Parce qu’actuellement ils produisent la moitié de ce qu’ils produisaient au moment de la fermeture. Il y a le fait que certains bons travailleurs sont partis dans d’autres unités industrielles. Ils sont conscient, mais ils ne peuvent rien contre. Ils font actuellement pour que l’usine devienne ce qu’elle était avant la fermeture.

Mamadou Oury Bah

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