Réinstallation de plus de 650 personnes à Sangarédi : des communautés attendent plus

  • PAR Mamadou Aliou Diallo
  • 5 mars 2020
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Les habitants des désormais villages de Hamdallaye et de Fassaly Foutâbhè ont été réinstallés sur un nouveau site à quelques kilomètres de leurs anciens villages. Cette situation est due au besoin d’exploitation du gisement de bauxite existant sur ce site, dont la compagnie guinéenne des bauxites (CBG) a exprimé le besoin. Situés dans la commune rurale de Sangarédi, préfecture de Boké, Hamdallaye et Fassaly Foutâbhè disposent une population de 657 personnes réparties dans 105 ménages.

Vivant auparavant sur une superficie de 19 hectares, les 657 habitants du village de Hamdallaye vont désormais occuper un espace de 40 hectares, avec des ouvrages plus modernes. En plus des bâtiments destinés à la relocalisation des habitants, la CBG a construit un poste de santé, une école de 6 salles de classes, une mosquée de 300 places équipée de panneaux solaires, un marché et un centre polyvalent communautaire. La société a également réalisé six (6) forages d’eau potable pour un ratio de moins de 100 personnes par forage.

Le 3 février 2020, lors d’une visite guidée sur le nouveau site, le Directeur Général de la CBG a déclaré que l’objectif visé par l’entreprise dans ce processus est de permettre aux communautés bénéficiaires de se sentir mieux que dans leurs anciens villages. « Le pari est tout à fait gagné aujourd’hui », affirme Souleymane Traoré.

«Dans la mise en œuvre du plan d’action de réinstallation et compensation (PARC), explique le Directeur, nous avons impliqué les autorités, ainsi que les communautés bénéficiaires, durant tout le processus. Elles sont là aujourd’hui avec nous pour témoigner du respect des engagements pris par la CBG. Les communautés sont là aussi, parce que nous jouons la carte de la transparence ».

Quid du processus de déménagement ?

Alhassane Bah, réinstallé, est marié à trois femmes et pères d’une dizaine d’enfants. Lui et sa famille ont commencé à déménager depuis le 29 février 2020.

En ce mercredi 18 mars, il est 8h 35 mn à Hamdallaye Cité. Alhassane Bah est en train d’arranger les affaires dans l’une de ses nouvelles maisons. Assisté par un menuisier, il refait le lit dans une des chambres. Mais les bagages ne sont pas finis d’être transportés sur le nouveau site. Selon lui, la société a octroyé à chaque père de famille 1 100 000 GNF pour le frais de transport des petits bagages. Pour les gros objets comme : les lits, matelas, portes, tôles, etc. la CBG a mis à disposition des camions pour les aider à les déplacer.

Bien que satisfait des réalisations faites par la société minière, mais M. Bah trouve qu’il reste encore beaucoup à faire.

« La société nous a dit qu’elle a fini le travail. Mais il y a beaucoup des travaux non effectués. Par exemple, les concessions ne sont pas limitées. Ils n’ont pas mis la terre noire dans les parcelles. Dans ma maison, c’est moi qui ai fait les carreaux et j’ai construit une autre maison. Ils n’ont pas installé le courant. Aussi, à la mosquée, la toiture n’est pas encore faite. Les toilettes ne sont pas construites, les  graviers ne sont pas versés. Bref, ils ont commencé les activités, mais ils n’ont pas fini », fait remarquer le sage.

Comparativement à nos anciens villages, « ce lieu est un désert pour nous, parce qu’il n’y a pas d’arbres et d’ombre ici. Nous vivons sous le soleil et le vent sec et chaud. Alors que dans notre ancien village, il y a toute sorte d’arbres, des fruits et de feuillage ».

Aussi, par manque d’électricité, les nouveaux venus parcourent de longues distances à la recherche de la glace afin de trouver de l’eau fraiche à boire.

Mme Mariama Bah est une des réinstallés parmi tant d’autres. Mère de famille, elle évoque quelques problèmes auxquels les femmes font face dans la nouvelle cité.

« Ils (CBG) nous disent de déménager par-là, mais la mosquée où on doit prier n’est pas équipée. En ce moment, à la mosquée, les entrepreneurs qui y travaillent ne puisent qu’un seul sceau d’eau. Et ils laissent là-bas. Nous ne pouvons puiser qu’entre 6h et 9h.  A partir de 10h, ils ferment en disant que le moteur ne tire plus l’eau. Si le moteur ne tire pas, ils n’ont qu’à nous mettre un forage manuel. Nous allons pomper parce qu’on ne peut pas rester sans eau ».

Dans son foyer, précise Mme Bah, elles sont trois femmes pour une petite cousine. « Connaissant les femmes et leurs problèmes, c’est très compliqué. Si on ne s’entend pas, c’est difficile », s’inquiète-t-elle.

Ce n’est pas tout. Les activités des populations déplacées se résument actuellement aux transports des bagages, à puiser de l’eau et à construire de bâtiments complémentaires.

Ce qui est fait par la CBG à leur endroit est-il suffisant ? « Non » rétorque Mariama Bah. « Parce que la maison qu’ils sont construite, la terrasse n’a pas des murettes pour la sécurité des enfants. Mon bébé est tombé ici, et son visage est défiguré. S’ils existaient des balustrades, l’enfant ne serait pas blessé ».

Rester ou partir, la mosquée 🕌 une condition

Hamdallaye cité

La population de Hamdallaye est musulmane. Alors que les travaux de la finalisation de la mosquée sur le nouveau site sont en cours, les réinstallés ont du mal à venir s’établir dans une zone où ils ne peuvent accomplir leur devoir religieux.

« Nous avons dit que nous ne pouvons pas venir rester sans que la mosquée ne soit finie. Une fois que ça sera finit, nous allons faire un sacrifice pour venir nous installer définitivement. Pour le moment, nous ne venons que la journée. Et on rentre la nuit à Hamdallaye village. La CBG a envoyé des vigiles pour surveiller nos effets. Les vendredis par exemple, presque personne ne vient ici », confie Alhassane Bah.

Comme plaidoyer auprès de l’entreprise, M. Bah souhaite « qu’elle nous aide à avoir de la terre noire puisqu’ici c’est un Bowal afin qu’on puisse pratiquer l’agriculture sur notre surface. Ensuite, de nous ouvrir des caniveaux pour évacuer l’eau afin d’évider les inondations. Ils ont creusé 6 forages. On souhaite que le 6ème fonctionne avec de l’énergie solaire ».

En ce qui concerne leurs terres cultivables, ils se sont accordés avec la CBG, quand elle aura besoin d’un domaine pour exploiter, d’aller directement voir le propriétaire. « Pour le reste, on peut pratiquer l’agriculture jusqu’au moment où ils en auront besoin. Il n’y a aucun problème », soutient-il.

Dame Mariama Bah demande à la société de les aider à vivre mieux par rapport à leur vie antérieure. « La CBG a promis d’aménager des espaces pour nos activités de maraîchages auprès de la cité. Mais ce n’est pas encore réalisé. Et si on nous déplace et que ce déplacement détériore notre vie, c’est vraiment dommage ».

Pour les six premiers mois de leur réinstallation à Hamdallaye cité, l’entreprise minière a promis de les prendre en charge.

Mamadou Aliou Diallo

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